La langue française seule
Selon leur niveau de surdité et le type d’appareillage utilisé, les personnes sourdes peuvent percevoir – plus ou moins et plus ou moins bien – les sons de la langue orale. Cependant, plus la surdité est importante et moins cette perception est possible : la personne sourde devra alors utiliser la lecture labiale pour compléter ou même remplacer son audition. La lecture sur les lèvres consiste à décrypter sur les lèvres de l’interlocuteur les mots qu’il prononce.
Mais, si l’audition n’est pas suffisante, la lecture labiale demeure difficile, parfois même impossible. Il existe en effet dans toute langue orale un certain nombre de sons qui ne sont pas différenciables sur les lèvres (on les appelle des sosies labiaux ; exemples : m/p/b ; t/d ; i/é etc…). Deux phrases telles que « Il marche vite » et « Il mange des frites » sont indifférenciables par seule lecture labiale.
D’autre part, un certain nombre de sons n’ont aucune image labiale (exemples : k/g/r) et ne peuvent être ainsi identifiés. Enfin, les mots monosyllabiques sont peu visibles (exemples : prépositions, articles etc…).
La personne sourde qui lit sur les lèvres, face à des mots sosies, doit procéder par suppléance mentale en choisissant le mot le plus probable en fonction du contexte. Exercice difficile et fatigant… parfois impossible (on ne peut lire ainsi les mots inconnus ni les noms propres).
Si la communication en langue française orale demeure possible avec une personne sourde qui connaît bien la langue française (sous certaines conditions : voir ci-dessous liste de conseils), elle ne permet pas au jeune enfant sourd d’acquérir ni maîtriser cette langue sans aide complémentaire, dans la majorité des cas ; il sera en effet dans l’impossibilité d’identifier le lexique avec précision et dans l’incapacité de percevoir les mots supports de syntaxe ; au mieux, ces acquisitions se feront avec lenteur et difficulté.
Voici quelques conseils pour parler à une personne sourde :
- Attirer doucement l’attention de la personne sourde avant de lui parler.
- Ne pas crier, car plusieurs porteurs de prothèses ont des problèmes
d’intolérances aux bruits forts et crier déforme les traits du visage. Le sourd peut prendre cela comme une agression, il ne comprendra pas mieux.
- Ne parlez jamais à un sourd le dos tourné ou depuis une autre pièce, même en élevant la voix. Au besoin trouver un endroit calme et bien éclairé. Il a besoin de lumière : ne vous placez pas à contre-jour et laissez-le éclairer la pièce où il se trouve, même en plein jour.
- Parlez-lui en face, à hauteur de son visage, distinctement, sans hacher votre élocution et ralentissez votre débit si celui-ci est habituellement rapide.
- S'il a des difficultés pour vous comprendre, modifiez votre phrase en articulant plutôt que de la répéter sur le même ton.
- Si besoin, n'hésitez pas à vous servir d'un support écrit.
- Ne masquez pas votre bouche, ne tournez pas la tête dans tous les sens et efforcez-vous de ne pas trop gesticuler.
- Évitez de "marmonner" pour vous-même en présence d'un sourd, il fera de gros efforts pour vous comprendre, inutilement.
- Réduisez les bruits de fond (radio, télévision, fenêtre ouverte, etc.).
- Un sourd aura beaucoup de mal à suivre plusieurs personnes qui parlent à la fois. Ne l'oubliez pas. Pour les groupes de discussion et les repas penser à prévoir des tables rondes ou ovales.
- Ne pas parler un français bêtifiant.
L'expression du visage, le regard, les gestes et l'attitude générale sont pour un sourd aussi important que la voix. Pensez-y.